En 2016, le cannabis a été identifié dans le Plan de croissance économique du Nouveau-Brunswick comme étant une des nombreuses possibilités à exploiter pour faire croître l’économie. Opportunités NB (ONB) a défini le secteur du cannabis comme une priorité, harmonisant activement nos efforts pour veiller à ce que les volets économique et réglementaire de l’industrie se rejoignent.

ONB travaille avec les établissements d’enseignement du Nouveau-Brunswick de calibre mondial pour s’assurer qu’ils appuient le secteur du cannabis de la province au moyen de divers efforts de recherche.

M. Martin Filion et M. David Joly travaillent tous les deux sur une recherche sur le cannabis à l’Université de Moncton (UdeM). Nous nous sommes récemment entretenus avec eux pour en apprendre davantage.

ONB : Tout d’abord, discutons du travail que vous faites tous les deux sur le cannabis.

M. Filion : En tant que microbiologiste des sols et biologiste moléculaire, je m’intéresse principalement aux microorganismes vivant dans le sol et qui peuvent être utiles pour les plantes. Cela comprend le fait d’aider les plantes à pousser mieux et plus rapidement ainsi qu’à les protéger contre des maladies.

Nous avons travaillé sur ce sujet depuis des années avec plusieurs espèces, notamment les pommes de terre. Au cours des dernières années, nous avons commencé à travailler avec le chanvre. Nous avons obtenu un permis pour en cultiver ici à l’UdeM, ce qui est rare chez les universités canadiennes. Nous avons également présenté une demande de permis pour cultiver le cannabis. Nous espérons que le tout sera en place ce printemps.

M. Joly : J’ai commencé à travailler sur le cannabis en 2015, dans le cadre d’une collaboration avec OrganiGram, de Moncton. À cette époque, le but était de trouver les déterminants génétiques de la résistance au blanc, une grave maladie touchant le cannabis. Notre objectif était de cerner le gène ou les gènes de résistance dans le cannabis qui pourraient protéger la plante contre le blanc.

Nous avons été en mesure d’en arriver à trois gènes candidats. Nous travaillons maintenant dans le but de prendre ces gènes du cannabis et de les transférer à une plante modèle, sois la Arabidopsis. En utilisant cette plante à titre de substitut, nous pouvons évaluer davantage quels gènes sont susceptibles de favoriser le blanc et quels gènes sont responsables de la résistance à cette maladie. Lorsque nous en savons davantage sur quels gènes sont importants, nous pouvons les observer dans divers cultivars de cannabis puis utiliser ces renseignements dans des programmes de sélection ou élaborer des approches pour gérer ces gènes et créer des plantes entièrement résistantes.

D’autres éléments nous intéressent également, comme la floraison et les taux de cannabinoïde.

Vous avez mentionné Organigram. Avez quels autres joueurs du secteur privé avez-vous travaillés?

M. Filion : Nous avons attiré l’attention de plusieurs entreprises qui ont maintenant des activités dans la province. Nous avons mobilisé les services de Canutra Naturals (site en anglais seulement), à Bouctouche, une entreprise qui se spécialise dans la production du chanvre. Nous avons également eu des discussions avec Canopy Growth (site en anglais seulement), qui s’installe à Fredericton, et avec Zenabis (site en anglais seulement), d’Atholville. Nous prévoyons d’élaborer, dans le futur, une meilleure collaboration avec toutes ces entreprises.

Comme ma recherche porte sur les microorganismes, nous travaillons avec le secteur agricole, ce qui comprend le cannabis, sur des éléments comme des pesticides et des engrais sécuritaires, permettant ainsi de réduire les maladies et d’améliorer la productivité.

Faire pousser des plantes dans des températures élevées et dans des endroits où l’humidité est élevée signifie qu’il peut y avoir des pathogènes, comme le mildiou. Ces conditions causent des maladies potentielles et peu de produits chimiques sont offerts aux producteurs de cannabis autorisés. Alors il y a actuellement un intérêt fréquent pour les biopesticides, particulièrement chez les producteurs de cannabis.

ONB a défini le secteur du cannabis comme un secteur priorité pour le développement économique. Dites-nous comment votre équipe travaille avec la nôtre.

M. Joly : ONB a joué un rôle clé dans l’établissement de liens entre nous et ces entreprises. Nous avons eu des réunions avec des entreprises qui participent directement à la production du cannabis ainsi qu’avec d’autres, comme Lift (site en anglais seulement), qui ne participent pas directement, mais qui représentent des éléments supplémentaires de l’écosystème. ONB a travaillé afin d’établir cet écosystème pour nous tous. C’est à nous maintenant de voir comment nous pouvons bien appuyer tous ces joueurs avec nos divers efforts de recherche.

M. Filion : Comme le dit David, en ce qui concerne l’établissement de ces liens, ONB offre un grand soutien. ONB nous a montré la voie en nous encourageant à parler et en s’assurant que les entreprises sachent ce que nous faisons et vice versa. Nous avons pu parler à des représentants d’entreprises avec lesquels il aurait été difficile d’avoir du temps sans les efforts d’ONB. ONB et le gouvernement du Nouveau-Brunswick ont été très proactifs sur le plan du développement du secteur du cannabis.

Selon vous, le Nouveau-Brunswick est-il en bonne position pour être un chef de file dans ce domaine?

M. Filion : J’ai récemment eu une réunion avec Canuevo (site en anglais seulement), une autre entreprise néo-brunswickoise. Le président-directeur général de cette entreprise voyage et fait des recherches dans le monde. Après avoir parlé avec des représentants de l’entreprise, il est évident qu’en plus d’être dans une position idéale pour assumer le rôle de chef de file au Canada, le Nouveau-Brunswick est également bien positionné pour devenir un chef de file mondial en recherche sur le cannabis.

Les gens croient que des endroits comme les Pays-Bas devancent les autres, car le cannabis y est utilisé régulièrement. Cependant, il est encore illégal de cultiver du cannabis dans les Pays-Bas. L’utilisation à des fins personnelles a été décriminalisée, mais le gouvernement n’appuie pas vraiment la recherche. Selon moi, des conditions existent actuellement au Nouveau-Brunswick et elles sont très propices pour la recherche et l’établissement d’une solide industrie ici. Nous pouvons être un chef de file mondial en la matière.

M. Joly : Avec l’annonce des chaires de recherche à l’Université St. Thomas et à l’Université du Nouveau-Brunswick, le tout commence très bien. Alors que ces chaires seront axées respectivement sur les déterminants sociaux de la santé et sur les éléments biomédicaux et cliniques du cannabis, la prochaine étape logique consisterait en l’établissement d’une chaire permettant d’acquérir de meilleures connaissances sur la plante en soi. Nous devons améliorer davantage la production de la plante et c’est sur ce sujet que se penche notre équipe à l’UdeM.

La légalisation en 2018, que signifie-t-elle pour votre équipe?

M. Filion : Le nombre de producteurs autorisés va augmenter, ce qui signifie que la demande en matière de contrôle de la qualité va augmenter, car plus on produit, plus on a de chance d’avoir des problèmes potentiels. Ces entreprises aiment collaborer avec le milieu universitaire et elles savent qu’elles doivent investir de l’argent pour que le tout fonctionne. C’est certainement une possibilité pour nous. Nous avons déjà connu cette situation avec Organigram. L’entreprise a récemment annoncé qu’elle prévoit augmenter sa production (en anglais seulement)à 25 000 kg par année.

M. Joly : Nous espérons que ces entreprises savent qu’elles peuvent travailler avec nous de plus en plus au moment où elles augmentent leur production. Comme pour les autres cultures dans le monde, lorsque l’on commence à augmenter la production, les risques de maladies sont plus élevés. L’industrie est au courant de ce problème et elle doit être prête à le gérer. En travaillant avec des groupes comme le nôtre, cela facilitera les choses. Étant donné qu’il y aura de plus en plus de producteurs autorisés, les entreprises devront avoir accès à la recherche et au développement pour demeurer concurrentielles et élaborer des nouveaux produits.

Écrit par Jason Boies