Marc Surette, professeur à l’Université de Moncton (UdeM), est titulaire de la Chaire de recherche en innovation du Nouveau-Brunswick en biosciences. Ses recherches sur les acides gras oméga-3 ont récemment mené à la commercialisation d’une huile nutritive dans laquelle les oméga-3 proviennent des plantes plutôt que du poisson.

« Nous voulions trouver une plante riche en acides gras oméga-3, une dont ces acides ressembleraient davantage à ceux que l’on trouve dans le poisson. La demande du marché en matière de poisson augmente, mais l’offre a diminué. La viabilité est un facteur essentiel. »

Après avoir passé un peu plus d’une décennie aux États-Unis, M. Surette, originaire de Moncton, est revenu au Nouveau-Brunswick en 2004 pour être titulaire de la Chaire de recherche du Canada en métabolisme cellulaire des lipides. Le hasard faisant bien les choses, la période de 10 ans associée à ce poste lui a permis de passer sans problème d’une chaire à l’autre.

Opportunités NB (ONB) s’est entretenu avec M. Surette au sujet de ses récents travaux et sur les avantages de mener ses recherches au Nouveau-Brunswick.

ONB : Commençons par les travaux qui ont mené à la création de l’huile d’Ahiflower de Nature’s Crops.

Marc SuretteSurette : Nature’s Crops est une entreprise agricole qui fait pousser des plantes sur une base contractuelle. Les entreprises communiquent avec celle-ci en précisant qu’elles ont besoin d’un montant X d’une huile particulière. Nature’s Crops donne par la suite des contrats à des agriculteurs pour que ces derniers plantent des graines et produisent les cultures en vue de fournir cette huile.

J’ai communiqué pour la première fois avec le président-directeur général de cette entreprise il y a neuf ans. Je connaissais l’entreprise, car j’ai travaillé en Caroline du Nord, où le siège social de leur société mère, Technology Crops Inc. (TCI), est situé. Je voulais faire pousser une nouvelle culture qui contiendrait des acides gras oméga-3 semblables à ceux que l’on trouve dans les huiles de poisson. Comme l’entreprise avait quelques plantes qu’elle souhaitait développer et qui n’avaient jamais été utilisées dans l’agriculture pour ce type de projet, l’intérêt mutuel de collaborer était présent.

Quand l’entreprise a commencé a examiné le Canada atlantique, une région qui n’avait jamais été prise en considération, elle a découvert que le climat est idéal pour certaines de ces cultures, c’est-à-dire que les jours d’été sont relativement chaud, les nuits sont fraîches et il ne fait pas aussi chaud que dans certaines régions des États-Unis. L’entreprise a constaté qu’il s’agit d’une région où non seulement elle peut développer la nouvelle culture que je proposais, mais où elle peut également s’installer pour faire pousser davantage ses cultures existantes.

Dans le cadre du Fonds d’innovation de l’Atlantique (FIA), nous avons reçu une aide financière qui a permis à Technology Crops d’ouvrir un bureau au Canada atlantique et de construire une usine de traitement de l’huile, la première du genre dans la région.

ONB : Ceci a mené également à des recherches supplémentaires à Moncton. Dites-nous-en plus à ce sujet.

Surette : Il y a deux volets à ce sujet et un de ces volets visait à comprendre les exigences agricoles pour faire pousser cette plante sauvage , car le processus est complexe. Nous voulions également examiner les bienfaits pour la santé qui en découle et comment l’huile réagit dans le corps. Nous avons reçu une deuxième aide financière du FIA pour nous permettre de poursuivre nos travaux et nous en sommes maintenant rendu là. L’huile d’Ahiflower est maintenant disponible sur le marché aux États-Unis et en Europe, et elle a été approuvée à des fins d’utilisation au Canada, alors attendez-vous de la voir bientôt ici sur les étagères.

ONB : Des essais cliniques ont été effectués ici au Nouveau-Brunswick, n’est-ce pas?

Surette : Oui, nous avons effectué quelques essais cliniques chez l’humain et nous sommes, jusqu’ici, les seuls à avoir donné cette huile à des humains à des fins d’études. Les résultats ont été excellents. En plus d’avoir été en mesure de publier les résultats, ces derniers ont aidé Nature Crop à commercialiser l’huile. Ses partenaires de marketing y étaient intéressés, mais ils voulaient obtenir des données relatives aux humains. Maintenant, ils les ont. Cette recherche effectuée au Nouveau-Brunswick a aidé à commercialiser l’huile.

ONB : Parlons des Chaires de recherche en innovation de la FINB. Comment cette initiative fonctionne-t-elle?

Surette : Les chaires reçoivent un financement qui leur permet de consacrer leur temps à la recherche. En tant que professeur à l’université, vous devez enseigner ainsi que faire des recherches et la chaire rachète, en quelque sorte, votre temps d’enseignement. Ainsi, l’université peut embaucher une personne qui effectuera vos tâches d’enseignement afin que vous puissiez vous consacrer à la recherche.

Beaucoup d’entreprises ont des problèmes techniques ou souhaitent développer un nouveau produit, mais elles n’ont pas beaucoup de ressources en recherche et développement à l’interne. Notre objectif est d’aider ces entreprises. Ma chaire étant en biosciences, je me concentre sur les entreprises qui veulent développer des produits biologiques.

Mon objectif est d’aviser l’industrie du Nouveau-Brunswick que nous avons une expertise ici. Nous avons une aide financière qui aidera à examiner les produits ou les problèmes sans avoir à débourser de grosses sommes dès le départ. Pour beaucoup d’entreprises, l’idée d’investir dans la recherche est encore un nouveau concept; elles s’interrogent quant au retour sur investissement. Le fait d’avoir ces chaires nous permet de mettre au point des avancées que ces entreprises ne pourraient peut-être pas gérer à l’interne.

ONB : Quels sont selon vous les avantages à exploiter une entreprise au Nouveau-Brunswick?

Surette : Dans le fond, Moncton est une petite ville, mais elle a plein de choses à offrir, que vous aimiez les arts ou les activités extérieures. La qualité de vie y est exceptionnelle.

Du point de vue de la recherche, c’est une petite collectivité, mais le fait qu’elle soit plus petite signifie que les gens se préoccupent réellement les uns des autres. Il y a beaucoup de collaboration. Vous avez un problème? Il vous suffit de prendre le téléphone pour rejoindre un collègue pouvant vous aider en peu de temps. Si vous avez besoin d’aide du gouvernement provincial, il est possible de vous faire entendre auprès d’un ministre lorsque vous entreprenez des projets importants. L’environnement n’est pas impitoyable du tout et croyez-moi, j’en ai vu de ces types d’environnement et ce n’est pas plaisant.

Des programmes sont offerts ici aux entrepreneurs qui ont des produits ayant un réel potentiel commercial et une aide financière est disponible pour eux, mais trop peu de gens en sont au courant. C’est vraiment avantageux pour les gens qui font des recherches axées davantage sur le commerce. Ici, il y a des ressources qui peuvent ne pas être offertes ailleurs.

Vous souhaitez faire des affaires au Nouveau-Brunswick et aimeriez en savoir plus? Cliquez ici pour communiquer avec un chargé du développement des affaires d’ONB.