Au cours des dix dernières années, le Collège communautaire du Nouveau-Brunswick (CCNB) a redoublé d’efforts pour soutenir et promouvoir les initiatives d’intégration et d’innovation des technologies dans le secteur industriel et le secteur de la fabrication de la province. C’est pourquoi il est devenu un partenaire stratégique clé au cœur du développement économique de la région et de la province.

Aujourd’hui, nous nous penchons sur un volet particulier des activités du CCNB de Bathurst, soit le Centre d’innovation et de transfert technologique des métaux (CITTM).

La mission du CITTM est de soutenir les entrepreneurs, les chercheurs, les instructeurs et les étudiants intéressés par le développement économique de l’industrie métallurgique au Nouveau-Brunswick et au Canada atlantique. Depuis sa création relativement récente, le Centre a travaillé en collaboration avec l’industrie pour créer plusieurs projets d’innovation de toutes pièces, ajouter de la valeur aux produits existants et aider à réduire les coûts des processus et des procédés.

Pour en apprendre davantage, Opportunités NB (ONB) s’est entretenue avec Alain Doucet, gestionnaire intérimaire du CITTM.

ONB : Pouvez-vous nous donner un aperçu général du CITTM et nous expliquer ce qu’il fait au quotidien?

Doucet : Nous offrons divers services, comme le développement de processus et de procédés mécaniques, le prototypage mécanique, la validation de concepts et le développement de procédés et de processus d’assemblage.

Au bout du compte, le CITTM existe pour appuyer l’industrie.

Lorsque quelqu’un de l’industrie manifeste un intérêt dans un domaine, c’est avec moi qu’on communique, et je négocie le projet. Nous décidons en quoi le projet consistera, nous y attribuons un budget et un échéancier et nous faisons généralement des recherches pour savoir comment obtenir des fonds. Dans la plupart des cas, nous réussissons à trouver de 75 à 80 % des fonds nécessaires à un projet, ce qui permet principalement de couvrir seulement les salaires. Nous travaillons selon un principe de recouvrement des coûts, nous TENTONS donc de recouvrer les salaires ici.

Après avoir établi la date de début, nous affectons le projet à l’un de nos gestionnaires de projet. Si le projet demande un prototypage quelconque, nous le transférons à l’atelier de fabrication.

Nous comptons également dans notre équipe deux technologues en instrumentation pour les projets qui nécessitent des composantes d’automatisation ou des composantes électriques. Notre personnel compte deux transformateurs de métaux qui peuvent souder, couper, plier, etc. Nous avons également des machinistes qui bâtissent une variété de composantes pour divers types de prototypes.

ONB : Parlez-nous de votre collaboration avec la Fondation de l’innovation du Nouveau-Brunswick (FINB) et surtout du Programme de bon de recherche pour l’innovation.

Doucet : Dès le départ, ce partenariat s’est avéré une grande réussite et il a beaucoup évolué depuis. Je crois qu’il est important de souligner à quel point il est facile pour l’industrie de présenter des demandes. Les représentants de l’industrie peuvent s’adresser à la FINB ou directement à la source, soit les établissements postsecondaires ou les établissements de recherche. Ils peuvent s’adresser aux uns comme aux autres, mais ce sont eux qui doivent faire les premiers pas; ils doivent prendre l’initiative de faire la demande, nous ne le faisons pas pour eux.

Nous pouvons les aider à recueillir les renseignements nécessaires et leur permettre de se préparer en leur fournissant les jalons budgétaires et autres documents importants. Une fois que le tout est soumis à la FINB, il faut attendre environ deux semaines avant d’obtenir une réponse. Le plafond du programme est 100 000 $. La FINB peut donc offrir jusqu’à 80 000 $ pour couvrir 80 % des coûts des services de recherche et développement. Jusqu’à maintenant, le programme connaît beaucoup de succès. Je crois que nous avons utilisé le programme pour sept projets au cours de la dernière année seulement.

ONB : Quels succès remarquables sont le fruit de ce programme?

Doucet : Je mentionne d’abord Los Cabos Drumsticks, puisque cet exemple figure sur le site Web de la FINB. Nous travaillons avec Los Cabos pour créer une trieuse automatisée de baguettes de tambour pour l’intégrer à la production. Et ce n’est pas seulement pour la fabrication de baguettes; l’industrie évolue, et le désir de combiner les baguettes de tambour grandit. La combinaison peut se faire selon le type de bois, le poids et même le ton.

En ce moment, nous avons deux projets de machine au stade de développement avec la FINB en vue de combiner les baguettes par poids ou par ton, d’en vérifier la cylindricité et d’y ajouter le logo. La première machine prend une baguette à la fois et la fait passer de poste en poste jusqu’à la fin du processus. Un laser vérifie la cylindricité de la baguette (si celle-ci ne respecte pas les critères, elle est acheminée vers le bac de rejet) puis, à un autre poste, le logo est intégré à la baguette. Enfin, la baguette est pesée et triée selon son poids. Si elle ne situe pas dans la plage de poids voulue, elle est acheminée vers un autre bac. Une fois triées, les baguettes sont transférées à une deuxième machine. C’est avec cette machine que nous avons mis à l’essai un petit marteau qui vient frapper la baguette. La machine analyse ensuite l’information recueillie et classe la baguette en fonction du mégahertz; c’est de cette façon qu’on peut les combiner selon le ton.

G.E. Barbour Inc. est un autre exemple digne de mention. Dans le cadre d’un projet en collaboration avec Barbour, nous avons un spécialiste qui l’aide à optimiser sa chaîne de production, et le tout va très bon train jusqu’à maintenant. Cette entreprise occupe une place importante au Nouveau-Brunswick depuis longtemps. Elle offre une variété de produits, comme le thé King Cole, un produit local. En fait, j’ai récemment visité l’installation de Barbour, et c’est la première odeur que l’on sent, ce qui est plutôt génial.

Nous travaillons également avec Leading Edge Geomatics, qui intègre des appareils à balayage aux avions. Nous l’aidons à déterminer la structure du matériel d’appareils à balayage qui est fixé aux avions. Nous avons également travaillé avec Rogers Electric Motor Service, Les Industries Corriveau, Terrains de jeux Kan-Go-Roo et Superior Tanks.

ONB : Parlons du rôle qu’ONB joue auprès du CCNB et du CITTM.

Doucet : Ma première véritable collaboration avec ONB était l’établissement d’un plan stratégique. En 2011, (le directeur régional) Donald (Hammond) a participé aux discussions pour nous aider à nous positionner. Le principal enjeu était de devenir plus autosuffisant.

Ensuite, il fallait que le gouvernement provincial accepte de financer certains projets, du moins en partie. Certains clients peuvent venir nous voir pour un financement partiel. En agissant comme sous-traitant, nous pouvons élaborer des prototypes et aider l’entreprise à obtenir une aide financière par l’intermédiaire de la FINB. Dans ces cas en particulier, c’est NOUS qui présentons la demande. Les clients pourraient donc se tourner vers ONB et le gouvernement provincial pour obtenir des fonds pour la création d’emplois, par exemple, tout en tirant parti du financement que nous pourrions obtenir pour le projet. Le financement pourrait provenir de la FINB ou même d’organisations comme le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada ou le Conseil national de recherches – PARI.

Quand nous avons participé à des missions commerciales, ONB était toujours présente pour nous aider à coordonner le tout. ONB nous a aussi aidés à créer l’initiative du Centre des technologies en soudure du Canada atlantique. Le Centre devait remplacer le CITTM, mais, avec l’aide d’ONB, il a réussi à évoluer et à devenir son propre ajout au CCNB.

ONB : Parlons davantage du Nouveau-Brunswick en général. Selon vous, quels sont les avantages de vivre et de travailler ici?

Doucet : Les gens d’ici sont encore notre secret le mieux gardé. Ce n’est peut-être pas aussi évident pour quelqu’un de l’extérieur de la province, mais il y a réellement beaucoup de personnes novatrices au Nouveau-Brunswick. Dans notre domaine, nous voyons ces gens à l’œuvre au quotidien. C’est plus difficile par contre de transformer des idées novatrices en produits commercialisables, mais c’est également une occasion pour nous. C’est gratifiant pour mon équipe et moi-même de voir des entreprises du Nouveau-Brunswick grandir grâce à notre aide, et nous avons vu de réels succès!

ONB : Vous êtes originaire de Bathurst, mais vous avez vécu et travaillé à l’extérieur de la province. Pourquoi êtes-vous revenu?

Doucet : En effet, j’ai habité Ottawa pendant sept ans. Mon épouse et moi voulions vraiment nous marier au Nouveau-Brunswick; elle vient d’ici, elle aussi; elle a même fréquenté le CCNB. Nous ne pouvions pas nous imaginer élever une famille dans une grande ville; nous avons donc décidé de nous installer dans une localité rurale. Je n’avais aucune bonne piste de travail quand j’ai déménagé, mais j’ai quand même choisi de revenir. Heureusement, l’un de mes anciens instructeurs du CCNB y était encore et il a eu connaissance de mon retour dans la province. Le CCNB tentait de pourvoir un poste pour vraiment faire avancer le CITTM, et il m’a contacté.

ONB : Comment procédez-vous pour faire connaître l’excellent travail du CITTM?

Doucet : Nous avons bien réussi à nous vendre grâce à nos partenaires comme la FINB, qui fait part des histoires de réussite avec l’aide du CCNB sur son site Web. Le simple fait d’être recommandés par nos partenaires financiers a vraiment permis de publiciser l’excellent travail que nous entreprenons ici.

ONB : Nous avons abordé ce point lors de notre discussion avec M. Sylvain Poirier (Ph.D.), mais pouvez-vous nous parler de l’apport de l’industrie à l’élaboration des programmes d’études du CCNB/CITTM?

Doucet : Nous avons grandi assez rapidement ici. Notre présence au sein de l’industrie il y a cinq ans n’était pas très importante. Les commentaires que nous recevons soudainement de l’industrie nous aideront assurément à forger les programmes d’études de demain.

Par exemple, au départ, les progiciels de conception assistée par ordinateur (CAO) qu’on employait étaient, selon moi, quelque peu obsolètes. Quand je travaillais dans l’industrie, nous avions un logiciel nommé SolidWorks, qu’on utilisait beaucoup, mais qui n’était pas très connu au Canada atlantique. J’ai encouragé l’utilisation du logiciel ici, et nous avons formé nos instructeurs pour qu’ils s’en servent et ces derniers montrent maintenant à nos étudiants comment l’utiliser. C’est pourquoi il est absolument prioritaire de faire place aux connaissances réelles de l’industrie dans notre programme d’études. Ce lien ne fera que grandir.

Nous n’avons fait qu’effleurer la surface aujourd’hui. Cliquez ici pour plus de renseignements sur le CITTM.

Mise à jour : Alain a récemment reçu le Prix R3 de l’innovation de FINB pour l’excellent travail en recherche appliquée qui a permis d’augmenter la rentabilité de l’industrie du Nouveau-Brunswick.

Image de la couverture de CCNB – Campus de Bathurst.