En raison des infrastructures vieillissantes, les services d’électricité cherchent de plus en plus à intégrer des technologies de réseau intelligent pour améliorer et gérer leurs réseaux et avoir une meilleure idée de la gestion de la charge. Cependant, les projets de réseau intelligent sont seulement efficaces si le client final y participe. De plus, les services publics dépensent beaucoup d’argent sur des campagnes traditionnelles qui, souvent, ne montrent aucun taux important d’engagement de la clientèle et n’offrent aucune façon concrète de mesurer l’engagement réellement reçu.

SimpTek Technologies, entreprise en démarrage du Nouveau-Brunswick, tente d’éliminer ces défis par l’innovation. La plateforme logicielle de l’entreprise vient résoudre les problèmes susmentionnés en offrant un meilleur pont de conférence entre le client et le service public.

Dans le cadre du lancement récent d’un projet pilote avec Énergie NB, le principal service public d’électricité au Nouveau-Brunswick, Opportunités NB (ONB) a décidé d’entrer en contact avec M. Asif Hasan, PDG de SimpTek Technologies, pour en savoir davantage.

ONB : Pouvez-vous nous parler un peu de SimpTek et des services offerts?

Nouveau-BrunswickHasan : Nous aidons les services publics électriques et les propriétaires résidentiels à mieux comprendre et prévoir leur consommation d’énergie et à consommer plus intelligemment; voilà l’explication générale. Nous offrons deux types de tableaux de bord : un pour le consommateur et un pour le service. Les consommateurs peuvent voir comment l’énergie est consommée en temps réel dans leur maison. Non seulement ils peuvent voir la consommation en général, mais aussi la quantité d’énergie consommée par chaque électroménager.

Notre premier objectif est de réduire la facture salée que les consommateurs reçoivent chaque mois. Quand on reçoit une facture, elle indique le nombre de kilowatts utilisés et le montant à payer. Si le total vous surprend, vous ignorez complètement où ces kilowatts sont consommés, à quelles heures, dates, etc. Même si vous communiquez avec votre service public, il l’ignore aussi. La possibilité de voir en tout temps la quantité d’énergie consommée par chacun de vos électroménagers, ça, c’est la vraie valeur pour le consommateur.

ONB : En effet, il s’agit d’une proposition de valeur très attrayante.

Hasan : Et ce n’est pas tout! Les clients reçoivent également des remises et des recommandations personnalisées de notre entreprise et de leur service public, leur permettant de prendre des décisions réfléchies. Par exemple, si un service public veut promouvoir un programme de remise pour l’installation d’un chauffe-eau efficace, il saura quels consommateurs en ont le plus besoin. Ces renseignements figureront aux profils de consommation des clients. Ainsi, si le service public désire trouver des clients du centre-ville de Fredericton dont la consommation d’eau chaude n’est pas efficace, et qu’il désire leur proposer un programme de remise, il sera en mesure de cerner ces clients.

ONB : Que se passe-t-il du côté du service public?

Hasan : Les services publics reçoivent une plateforme d’engagement importante. Auparavant, ils auraient lancé une variété de programmes de masse. Ces programmes ne s’adressaient à aucune clientèle en particulier ni aux consommateurs qui seraient de bons candidats. De plus, il est difficile de mesurer le succès d’un programme une fois qu’il est terminé. Grâce à notre tableau de bord pour les services publics, ces derniers pourront réellement déterminer combien de personnes ont participé à leurs programmes.

ONB : Nous aimons bien connaître l’histoire derrière ces idées novatrices. Comment vous est arrivée cette idée? Quel était son point de départ?

Hasan : Tout a commencé à l’université. Mes cofondateurs (Keelen Gagnon, chef des opérations, et Lionel Fernandes, gestionnaire des produits) et moi nous apprêtions à faire notre dernier projet de conception et nous avions décidé de ne pas faire un projet traditionnel. On passe une année entière à faire des recherches qui finissent sur une tablette. Plus tard, quelqu’un d’autre arrive et en fait quelque chose de différent, ou décortique le tout et recommence du début. 

Nous avons décidé de faire quelque chose de différent qui pourrait opérer un réel changement dans le monde. Nous avons donc commencé à chercher des occasions qui nous indiqueraient comment nous y prendre. C’est de cette façon que nous en sommes arrivés au Programme de gestion des technologies et d’entrepreneuriat (TME) qui avait lancé le Programme de commercialisation technologique. Nous nous sommes joints à cette initiative et l’avons entamée avec une différente idée – une offre de technologie prêt-à-porter – que nous avons par la suite décidé de ne pas poursuivre.

Tout cela pour dire qu’avant SimpTek, nous avions bâti une équipe. L’expérience que nous avons vécue avec le Programme de commercialisation technologique nous a permis de constater que l’entrepreneuriat est un long parcours. Il ne s’agit pas simplement de trouver une bonne idée et de la mettre sur le marché. Il faut d’abord trouver ce que les gens veulent, puis trouver une idée géniale qui comblera ce désir. C’est cette expérience qui nous a menés à faire dévier notre parcours initial pour en arriver à SimpTek.

ONB : Qu’est-ce qui a fait que vous vous êtes dirigés vers l’idée de SimpTek précisément?

Hasan : L’histoire derrière cette technologie est un peu rigolote. J’ai grandi au Bangladesh, où mon père me criait sans cesse que c’était de ma faute si sa facture d’énergie était toujours si élevée. C’était la même histoire chaque fois qu’il recevait son relevé à la fin du mois.

Je ne l’ai jamais cru.

Étant un peu mordu de l’électricité, je connaissais l’énergie de base et je savais que certaines pièces d’équipement et certains électroménagers consomment sans cesse de l’énergie. Si on ne les remplace pas par des électroménagers éconergétiques, ils gonfleront votre facture et vous n’aurez pas d’explication claire. Je n’ai jamais réussi à trouver un moyen facile pour le prouver à mon père.

Quand nous avons travaillé sur notre première idée, j’avais conçu un algorithme de reconnaissance de formes qui, au bout du compte, nous a aidés à élaborer le produit SimpTek. Nous avons fait part de l’idée à nos mentors et conseillers, qui nous ont dit que, si ce projet portait des fruits, il pourrait s’agir de quelque chose d’extraordinaire. Nous avons mis la technologie au point en trois mois et présenté l’idée à Énergie NB et d’autres services publics qui l’ont beaucoup aimé. Et nous en sommes là aujourd’hui! J’ai enfin un moyen de montrer à mon père comment est consommée l’énergie.

ONB : Nous aimons beaucoup l’idée d’une nouvelle technologie qui voit le jour pour prouver que son père à tort.

Hasan : Exactement! Enfin, je téléphone à mon père et je lui dis que je viendrai chez lui pour lui présenter un logiciel qui l’aidera à régler son problème de consommation d’énergie, et que je lui montrerai exactement ce qui fait grimper sa facture et ce qui en est responsable.

ONB : C’est formidable! Pouvez-vous nous parler un peu du nouveau projet pilote que vous entreprenez avec Énergie NB?

Hasan : À la longue, toutes les idées doivent être validées. Nous avons trouvé un service public qui avait un besoin, en l’occurrence Énergie NB. Énergie NB mise sur notre innovation; c’est pourquoi avant de passer à un cycle de vente commercialisée, nous voulons mener à bien ce projet pilote avec eux. Nous lui offrirons ensuite un engagement de services d’un an qu’ils pourront mettre en application dans cette province.

Ce projet pilote demandera la participation de 150 utilisateurs sur trois mois, commençant cet automne. Cela nous permettra de prouver l’efficacité de notre technologie et nos capacités de soutien à la clientèle. Il s’agit d’une bonne initiative de départ.

Ce qui compte beaucoup pour nous, c’est qu’Énergie NB passe d’un fournisseur de production d’énergie à un fournisseur de services. C’est encourageant de travailler avec des gens très enthousiastes à l’idée d’adopter de nouvelles technologies comme la nôtre dans les sites de réseau intelligent. Notre technologie peut s’intégrer directement au réseau intelligent auquel elle est destinée; c’est ce sur quoi nous nous concentrons dans l’étude de ce projet pilote. Au cours des prochains mois, nous définirons beaucoup de questions auxquelles il faudra répondre et nous mettrons de l’avant un plan solide pour lancer ce projet à grande échelle.

ONB : Vous avez mentionné le Programme de gestion des technologies et d’entrepreneuriat. Parlons des programmes et des mentors qui ont aidé SimpTek jusqu’à maintenant. Nous estimons que vous avez travaillé avec M. Dhirendra Shukla (Ph. D) à l’UNB? Nous nous sommes entretenus avec lui il y a quelques mois.

Hasan : C’est exact. Il a été exceptionnel pour nous. Il est président du Programme de gestion des technologies et d’entrepreneuriat, et lui et Erik Scheme, président de recherche en appareils médicaux et technologie, ont été d’incroyables mentors. Sur papier, mes cofondateurs et moi sommes ingénieurs, mais cela ne veut pas dire que nous nous y connaissons vraiment dans le domaine des affaires. Grâce au Programme de gestion des technologies et d’entrepreneuriat, nous en avons appris davantage sur la commercialisation, le financement et la création de plans d’affaires. Ce fut pour nous une excellente boîte à outils pour commencer cette aventure.

Ensuite, nous nous sommes joints au programme Launch36 par l’entremise de Planet Hatch. Nous avons ensuite réalisé le Propel ICT Build Program. Cela nous a donné un coup de pouce pour comprendre davantage l’entrepreneuriat. Nous avons été guidés dans cet écosystème par des mentors comme Jeff Thompson, de LiveOps, Larry Shaw, PDG de Knowledge ParkAllumez Fredericton, et plus encore.

Je me dois aussi de mentionner la FINB. Nous avons eu la chance d’aller chercher la deuxième place à son programme Percée. La FINB a fait le tout premier investissement dans notre entreprise et nous avons reçu un mentorat financier exceptionnel jusqu’à maintenant. Elle nous a permis de faire progresser notre innovation à un autre niveau.

ONB : Nous mentionnons souvent que l’écosystème entrepreneurial est bien ancré au Nouveau-Brunswick. Nous aimons croire que les ressources sont en place pour les gens ayant de bonnes idées.

Hasan : Absolument. Nous avons réalisé que notre idée embryonnaire n’était pas tout à fait commercialisable et nous n’avons pu nous en rendre compte et rapidement faire les modifications nécessaires que grâce aux mentors exceptionnels dont nous disposions. Pour être une entreprise en démarrage flexible, il faut savoir admettre qu’une idée est mauvaise et il faut le comprendre rapidement. Il ne faut pas s’attacher à une idée; ça n’a rien à voir avec vous, mais bien avec ce que les clients désirent. Nos mentors nous ont aidés à le comprendre.

ONB : Quel a été le rôle d’ONB avec SimpTek?

Hasan : Votre organisation nous a offert beaucoup de conseils jusqu’à présent. La plus grande validation reçue pour notre idée vient de notre participation au 2015 Energy Thought Summit à Austin. Le trajet a été commandité par ONB et son équipe d’expansion des exportations; c’était un voyage extraordinaire. Nous avons eu l’occasion d’écouter des dirigeants et des experts en réseau intelligent et en marchés de services publics. En tant qu’entreprise en démarrage, les fonds sont minimes et il faut opérer par ses propres moyens, c’est pourquoi c’était super de pouvoir accompagner votre équipe. Nous avons également reçu beaucoup d’information sur les programmes offerts aux entreprises en démarrage. C’est agréable d’avoir de tels partenaires dans le secteur public et de savoir qu’ils sont là pour nous aider à réussir.

ONB : Nous aimons présenter l’innovation dans la province et en voici certainement un bon exemple.

Hasan : Merci. Je crois que le Nouveau-Brunswick compte des entreprises de technologie géniales et novatrices. Je crois fortement que le prochain Silicon Valley pourrait se trouver ici; je ne crois pas que ce soit si impossible.

ONB : Comment êtes-vous passé du Bangladesh au Nouveau-Brunswick?

Hasan : J’étais un étudiant en génie électrique et électronique au Bangladesh. J’ai toujours voulu découvrir le monde; je me suis donc joint à l’AIESEC, la plus grande organisation étudiante au monde. C’est grâce à eux que j’ai pu explorer quelques universités de l’Amérique du Nord. On m’a offert une bourse d’études à l’UNB et, après en avoir discuté avec mon père, je suis déménagé au Nouveau-Brunswick.

L’UNB et le Programme de gestion des technologies et d’entrepreneuriat ont joué un rôle essentiel pour moi. J’ai appris que mon périple ne se limiterait assurément pas au génie. Si vous apprenez à connaître la commercialisation, les marchés et les affaires, vous pouvez réellement en faire davantage; c’est beaucoup plus vaste que les simples connaissances en technologie.

ONB : Vous aimez bien vivre au Nouveau-Brunswick?

Hasan : En effet, j’adore vivre au Nouveau-Brunswick. Comme nous l’avons mentionné, l’écosystème ainsi que l’université et le système de soutien sont extraordinaires. C’est plus petit que Toronto, disons, mais c’est pourquoi l’écosystème est plus étroitement interrelié. Si quelqu’un a des problèmes, tout le monde semble s’en faire. C’est très bien d’avoir une telle humanité.

Pour en savoir davantage, visitez le SimpTekTechnologies.ca.

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